à la lumière rouge du labo...

Publié le par Camille

        Arriver en retard à mon premier cours de photo, c'est fait. Mais je dirai pour ma défense que ce n'est pas facile quand on a un coloc qui décide de débuter un exposé sur les chinchillas juste au moment où je mets mon manteau et une Lucile qui, n'ayant pas de four, fait cuire sa quiche chez moi ! Vous connaissez ces endroits qui ne donnent vraiment, mais alors vraiment pas envie de rentrer ? L'association Joce c'est un peu ça. Il faut allez de l'autre côté du fleuve, là où c'est désert. La nuit est tombée, il fait 2°C, et il n'y a pas un passant. Les bâtiments se ressemblent tous. Tous, sauf là-bas, la façade taguée à la porte renforcée. N'aie pas peur, pousse là.

Et je crois que c'est là que tout commence.

      De la lumière, du mouvement, du bruit... des sourires, des "hola", des "bienvenida"... Il y a de la vie ici. "Joyeux bordel" comme dirait l'autre. Des photos plein les murs, des pinceaux de  toutes les couleurs qui dégoulinent dans le lavabo, un groupe de jeunes qui fait une émission de radio en direct, au fond, et on entend les rires d'un cache-cache dans le labo photo en bas. De la châleur humaine comme on en trouve rarement. Je rejoins les "visages rouges" dans le labo. On est une quinzaine. Une quinzaine d'étudiants espagnols avec qui je vais passer beaucoup de temps maintenant.  On fait des tours de table, chacun parle de ce qu'il aime, de ce qu'il veut apprendre et de ce qu'il fait. Il y a celle qui veut seulement apprivoiser la lumière, celui qui révèle les photos dans sa chambre après avoir réussi à bloquer le plus infime rayon de lumière... On m'a demandé ce que j'aimais faire, j'ai répondu "arrêter la vie, simplement", ils ont souri.

      Lorque celle qui s'occupe de l'atelier m'a demandé ce que j'avais comme appareil, j'ai bloqué deux minutes sur le mot "carrete" (=pellicule). Je ne comprenais pas. Il fallait les voir tous me faire des mimes... Mimez une pellicule, vous, et imaginez vous un peu la scène! Elle n'aurait pas pu dire pelicula?...

      On se verra le mercredi, deux heures, et puis le samedi matin, le dimanche, pour voir des expos, ou aller dans la ruine rénovée de l'association qui se trouve dans un village enneigé, pour maîtriser la lumière.

Après le cours personne ne rentre, tout le monde va sur les canapés et ça parle, ça parle... Et puis il est tard, il faut rentrer...

 

Je suis contente d'avoir découvert cet endroit.

              

            Sinon, ici, la vie file toujours : je risque de mourir étouffée à chaque fois que mon coloc me fait découvrir de nouvelles saveurs ("pas épicé", qu'il dit...)...  je vois de temps à autre un chinchilla passer de "sous mon lit" à "sous mon bureau", à la vitesse de l'éclair... je m'habitue au 1°C du matin en allant à la fac... Alba a réussi son examen... je monte un dossier pour aller aux Etats Unis l'année prochaine et m'énerve contre mon cerveau qui est maintenant en mode "espagnol" et qui ne veut pas en changer... Proust est ouvert à côté des "Artes poéticas" de Aristoteles, et là je ferme mon sac à dos pour filer à Barcelone ce soir.

 

                                                                      à bientôt...

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